À müvmédia, on ne ménage pas nos efforts pour donner dans l’évasion, le choc culturel et la découverte de l’autre. Mais si nous croyions être les rois du dépaysement, les champions du voyage qui bouscule et prend aux tripes, c’est que nous étions bien naïfs. Le Journal de Montréal, qui n’est pas à un défi près, nous offre cette semaine une série de reportages, témoignages d’hommes et de femmes prêts à se mouiller et tenter l’immersion dans l’une des villes les plus étranges qui soit : Montréal !
La semaine débute avec Josiane, jeune femme de 26 ans, résidante de Chibougamau et Gaëtane, 79 ans, vivant à Hérouxville. Des pages 4 à 7, nous pongeons dans leur découverte de la métropole, avec images à l’appui. Gaëtane commence son périple par la visite d’une mosquée. « « Ils sont gentils» , s’étonne-t-elle après avoir jasé quelques minutes avec l’imam de la mosquée Al Omah Al-Islamiah». La journaliste, Noée Murchison, rapporte la surprise de Gaëtane« de découvrir des Montréalais si chaleureux ». La dame d’Hérouxville est d’ailleurs prise en photo avec un distributeur de journaux au teint relativement foncé. « C’est un peu comme chez nous, dit-elle. Il y a des gens qui ont le teint brun et ils sont traités comme les Blancs. » Bien.
Moins convaincante est l’expérience de la chibougamoise. « C’est gros en maudit! Mon Dieu, c’est donc bien compliqué!» s’exclame-t-elle en cherchant la bonne ligne de métro. Sarcastique, elle demande : « Mais est-ce qu’il y a des quartiers où c’est beau ? Avec des grands arbres, des pelouses, des maisons? », avant de conclure « Le monde à l’air bête, c’est vraiment dull. » Josiane est en effet frappée par l’indifférence des Montréalais, elle qui souligne qu’à Chibougamau, « tout le monde se parle ». Tout est dans le titre de l’article, « Un vrai choc ». Car l’équipe du Journal de Montréal ne ménage pas ses deux cobayes. Village gai, quartier Parc-Extension, quartier chinois, tout y passe. La pauvre Josiane, dans un restaurant asiatique : « Ça sent toutes sortes d’affaires! C’est quoi ça? Je n’ai jamais goûté ça! »
C’est avec un ravissement non dissimulé que nous pourrons ainsi suivre toute la semaine la série de reportages de Noée Murchison qui s’intéresse au fossé qui sépare les habitants de Montréal de ceux des régions. J’attends avec impatience celui consacré au Village gai, ça promet. En attendant, je me suis rabattu page 54 sur le dossier « Pourquoi je pète souvent, docteur?». Ce journal a au moins le mérite d’être constant, le vent est bien ce qui se dégage le plus de ses pages.